Véronique Chagnon Côté

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                                                                      Bibliographie sélectionnée :

                                                                      Chemint faisant - Marie-Ève Charron - 2016 (Version française)                   La capture - Catherine Nadon - 2012
                                                                      
                                                                      Along the path - Marie-Ève Charron - 2016 (english version)

 

Ce texte fut présenté à l'occasion de l'exposition La capture à la galerie de l'Hotel de ville d'Ottawa en décembre 2012.                                                                     

La capture

Initiée par une réflexion portant sur la notion de construit en peinture, l’exposition La capture arpente les questions liées au langage formel de ce médium et au vocabulaire propre au genre du paysage. Les tableaux que propose l’artiste sont constitués de mises en scène où sont érigées de monumentales structures ponctuées par une diversité d’éléments végétaux. Ces imposantes charpentes colorées articulent et rythment l’espace alors que leur rapport avec l’arbre, le bosquet, le feuillage et la fleur suggère l’ambigüité d’une double apparence, c’est-à-dire qu’il mène à une confusion entre ce qui se situe à l’intérieur et ce qui appartient au monde de l’extérieur. Si fortement emboitées, ces deux réalités - intérieure et extérieure - nous apparaissent comme étant les extensions de l’une et de l’autre. L’œuvre Le coucher (2011) soumet à notre regard un exemple prégnant de cet enchevêtrement à travers un jeu d’écrans intégré dans un univers naturel. Ainsi, le travail de l’artiste se caractérise par l’accentuation de ce statut ambivalent du paysage en peinture dans lequel est souvent érigé un espace paradoxal où se recouvrent les éléments architecturaux et naturels. Les paysages de Chagnon Côté cherchent donc à mettre en évidence l’aspect bâti et purement organisé des architectures et, étonnamment, des composantes issues de la nature. Par la mise en place de dispositifs formels et par l’emploie de procédés techniques, tel que les traces d’empâtement, les bas-reliefs de peinture et la présence de ruban-cache qui renvoie à la technique du hard-edge utilisée pour réaliser certaines sections des œuvres, l’artiste évoque qu’il en est tout autant de son travail : une peinture résolument construite. La mise en avant-plan de ces stratégies plastiques assure, dans une certaine mesure, l’autonomie de la peinture et la positionne aussi en tant qu’objet.

En phase avec ces considérations théoriques, l’exposition présentée à la Galerie d’art de l’hôtel de ville d’Ottawa marque un nouvel intérêt de Chagnon Côté pour l’étude du jardin. L’exploration de cette thématique lui permet d’accentuer le contraste entre l’aménagé et l’inexploré ou entre ce que l’on peut nommer d’après Cauquelin1 , la représentation des plans arrangés versus celle du lieu sauvage. L’essence même du jardin en appelle aussi à des notions d’espace, de temps et de labeur qui font écho à la production antérieure de l’artiste et qui signe l’appartenance de ce nouveau corpus à l’ensemble de sa démarche.

À l’intérieur des compositions, les éléments architecturaux semblent dicter l’espace des représentations. À cet effet, à l’intérieur de l’œuvre La plantation (2012), nous retrouvons un important réseau de lignes formant un dôme enveloppant un ensemble d’arbres reposant sur un sol rocailleux. Ce réseau de lignes porte notre regard jusqu’aux limites de la structure, assurant une certaine illusion perspectiviste à la manière des marquèteries des villes idéales peintes à la Renaissance. L’illusion de la profondeur est aussi appuyée par une palette chromatique où la dominante de bleu de l’avant-plan fait place à sa complémentaire orangée dans les plans subséquents. Cette illusion de profondeur est toutefois démentie par la structure elle-même qui la met ici volontairement en échec. À cet effet, la tige de droite n’appartient pas à ladite structure, mais est en fait un trait de peinture apposé en aplat. Cet élément appartient alors davantage au langage formel de la peinture qu’à la représentation tridimensionnelle du dôme.

Les vastes étendues que propose Chagnon Côté sont situées hors du temps. Par exemple, les nombreuses ombres portées que propose La capture (2012) ne sont pas au service de la temporalité de l’œuvre, mais font plutôt figure d’éléments picturaux qui appuient volontairement une perspective subtilement décalée. Bien que la temporalité ne soit pas énoncée littéralement à travers la représentation du paysage, elle se voit exprimée dans les traces laissées à la surface de la toile. La texture qui ressort du médium fait référence aux différentes couches déposées ultérieurement. Celles-ci appartiennent parfois à des œuvres effectuées par le passé et confèrent une texture singulière à une nouvelle composition. Les propositions de Chagnon Côté sont donc inachevées et toujours ouvertes au processus qui les a construites, à une nouvelle saison et au retour du labeur qu’impose à l’artiste le travail de sa matière.

1. Anne Cauquelin. 2003. Petit traité du jardin ordinaire, Paris : Éditions Payot et Rivages, p.100.

Catherine Nadon

Catherine Nadon est historienne de l’art et enseignante au Cégep de l’Outaouais. Elle a participé à des commissariats, notamment lors de la seconde édition de Orange, l’événement d’art actuel de Saint-Hyacinthe. Elle poursuit présentement des études doctorales en enseignement des arts à l’Université d’Ottawa où elle s’intéresse à l’expérience esthétique de l’art contemporain dans le contexte de l’enseignement de l’histoire de l’art au niveau collégial.