Véronique Chagnon Côté

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                                                                      Bibliographie sélectionnée :

                                                                      Chemint faisant - Marie-Ève Charron - 2016 (Version française)                   La capture - Catherine Nadon - 2012
                                                                      
                                                                      Along the path - Marie-Ève Charron - 2016 (english version)

 

Ce texte fut présenté à l'occasion de l'exposition Vous êtes ici au centre d'artistes CIRCA art actuel en mai 2016.

Chemin faisant dans les peintures de Véronique Chagnon Côté

Cette nouvelle production de Véronique Chagnon Côté offre plusieurs repères familiers qui instaurent un premier sentiment d’immédiateté. Vous êtes ici, nous dit le titre, et l’installation se présente comme un jardin depuis lequel des points de vue sont prescrits. Tout se passe cependant pour qu’une agréable déroute s’installe, ouvrant au fur et à mesure de nouvelles perspectives qui font surgir le caractère relatif et perpétuellement ajourné d’un « nous y voilà ».

L’artiste partage de la sorte sa fascination pour la pratique des jardins et le genre du paysage en peinture, deux traditions séculaires dont un des rôles consiste à donner forme à la nature, qui, d’ores et déjà, ne s’entrevoit que par la culture. Les vues ambiguës engagées dans les toiles sont autant d’indices du parcours de la peintre parmi la pléthore de références plastiques, historiques et théoriques rattachées à ces traditions.

Le terrain a été préparé par les productions antérieures dans lesquelles Chagnon Côté s’est mesurée au paysage en l’imbriquant dans des espaces construits, des composantes architecturales ou du mobilier de jardin. Jouant de textures lisses, légèrement empâtées ou en coulure, elle confrontait la matérialité même de l’image avec des espaces illusoires où se permutaient parfois les vues extérieures et intérieures. Il y a eu aussi des expériences de visu, révélatrices, au Jardin botanique à quelques minutes de chez elle, mais aussi dans les jardins du château de Versailles, notoire pour son vaste programme d’ordonnancement végétal. Elle s’y réfère aujourd’hui au moyen de cartes, qui dénotent avant tout la clarté de leurs motifs, de leur dessin. Les fondements mathématiques d’un tel façonnement de la nature sont aussi importants que dans l’architecture pour laquelle l’artiste cultive un égal intérêt.

Parmi les toiles de cette cuvée, l’une d’elles présente un motif s’apparentant au fameux oculus du Panthéon à Rome, alors que rien dans les autres ne semble référer à un bâti connu. Elles configurent plutôt des topologies improbables qui renvoient tantôt à des cloisons ajourées, tantôt à des chemins vus en plongée. Tout se joue davantage ici sur la planéité du support que l’artiste souligne par sa facture plus lisse et par le rabattement de la composition grandement élaborée par la technique du hard edge. En même temps que les teintes s’additionnent en de multiples couches, des plus foncées aux plus claires, pour afficher des textures mouchetées et granuleuses – quelque chose de compact tel des sédiments cumulés depuis longtemps –, des raies de lumière et des silhouettes fantomatiques apparaissent, octroyant une légèreté surprenante à la densité de l’ensemble.

Un parallèle se forme entre le travail méticuleux de l’artiste et les soins constants du jardinier porté à son œuvre. Les gestes calculés et la palette de couleurs donnent aux acryliques un fini artificiel qui rend la nature distante et figée, confirmant l’hétérotopie que sont les jardins. Suivant cette notion foucaldienne (1), que l’artiste évoque dans ses réflexions, l’espace du jardin est soit illusoire, soit compensatoire. En fonction du reste, le jardin serait en effet révélateur d’une illusion plus grande ou bien il compenserait pour ses lacunes. De ce fait, le double phénomène d’artialisation (2) de la nature – de la nature en jardin et du jardin en peinture-installation – opérant dans le travail de Véronique Chagnon-Côté invite astucieusement à reconsidérer nos manières d’habiter le monde à une époque où, force est de l’admettre, son avenir inquiète.

1. Michel Foucault, « Des espaces autres. Hétérotopies », conférence prononcée en 1967, publiée dans Dis et écrits, tome IV, Paris, Gallimard, 1994 (1984), p. 752-762
2. En reprenant la nation à Montaigne, Alain Roger la développe dans Court traité du paysage, Paris, Gallimard, 1997.
 

Marie-Ève Charron

Critique d’art au quotidien Le Devoir, Marie-Ève Charron a été commissaire des expositions de groupes Le désordre des choses (avec Thérèse St-Gelais, Galerie de l’UQAM, 2015), Archi-féministes ! (avec Thérèse St-Gelais et Marie-Josée Lafortune, OPTICA, 2012-2013) et Au travail (Musée régional de Rimouski, 2010). Elle compte de nombreuses parutions dans la revue esse arts + opinions et a contribué à des ouvrages portant entres autres sur le travail des Fermières Obsédées, de Michael Merrill et d’Anthony Burnham. Depuis 2004, elle enseigne l’histoire de l’art au Cégep de Saint-Hyacinthe et à l’Université du Québec à Montréal. En 2016-2017, elle sera la commissaire du projet d'envergure Made in Québec de l'artiste Kim Waldron présenté à la Galerie FOFA et au CIRCA art actuel.